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Plaidoyer pour un management bienveillant

  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture

Interview de Gaël Chatelain-Berry

Propos recueillis par Sandra Bouzekouk-Morais pour le Soft Skills Magazine - n° Mars 2026


Il fait partie de ces voix qui comptent, pas parce qu’elles crient plus fort que les autres, mais parce qu’elles savent parler vrai. Gaël Chatelain-Berry est de ceux qui observent le monde du travail depuis l’intérieur, et qui, au fil des années, ont décidé de s’en faire un traducteur plus humain. Conférencier, auteur, podcasteur (podcast "Happy Work", le plus écouté en langue française sur le bien-être au travail), il milite pour un management bienveillant, pas naïf, pas tiède, mais courageux, un management du bon sens, celui qui dit bonjour le matin, celui qui écoute, celui qui comprend qu’on ne dirige pas des chiffres, mais des personnes.


Lors de notre échange, une phrase m’est restée : « Le bien-être au travail n’est pas un luxe, c’est une nécessité. » Et si tout partait de là ?


Plus qu’un concept, une urgence

Gaël n’a pas toujours été cette voix du travail qui fait du bien. Il a aussi été manager, dans des grands groupes comme TF1, CANAL+, NRJ. Il a connu les dérives, les burn-out, les silences trop longs après une réunion ratée. Ce n’est pas un théoricien, c’est un témoin.


Aujourd’hui, il alerte : la bienveillance ne peut plus rester à la marge. Elle ne peut plus être reléguée aux jolies citations en fin de power point. « Ce n’est pas un truc de Bisounours, c’est une stratégie RH, et même une stratégie de survie. » Pourquoi ? Parce que les entreprises qui ne prennent pas soin de leurs collaborateurs… les perdent. Et pas seulement les plus jeunes. Tous. Ceux qui en ont assez de ne pas être considérés, de ne pas être entendus, de ne pas exister autrement que comme des cases à cocher.


Le management, ça s’apprend « 60 % des managers n’ont jamais été formés au management. » La statistique tombe comme une évidence qui dérange. On n’envoie pas un commercial en clientèle sans l’avoir formé. Pourquoi le ferait-on avec un manager ? On croit parfois qu’il suffit d’être bon dans son métier pour devenir bon manager. C’est faux, et dangereux. Gaël plaide pour une formation de fond aux soft skills : l’écoute, la gestion des émotions, la posture juste, non pas pour créer une armée de leaders charismatiques, mais pour apprendre à gérer une équipe avec respect, clarté et humilité.


Leadership : concept à déconstruire ?

Un autre point fort de notre échange : sa critique très lucide du culte du leadership. « On met une pression folle sur les managers. Comme s’ils devaient tous être des Obama, des Gandhi… Mais non, ce qu’on attend d’eux, ce n’est pas qu’ils brillent, c’est qu’ils prennent soin. » Prendre soin, deux mots simples, qui changent tout. Un bon manager, ce n’est pas celui qui motive à coups de punchlines, c’est celui qui sait dire bonjour, être ponctuel, reconnaître une erreur, celui qui n’humilie pas, celui qui félicite, celui qui respecte.


Les soft skills : une culture

Ce que Gaël défend avec force, c’est une approche durable, pas un coup de peinture sur un mur qui s’effrite. Les soft skills — écoute, empathie, assertivité, humilité — ne sont pas des « petits plus », ce sont des socles. Et leur impact est concret, moins de turnover, moins de stress, plus de créativité, plus d’engagement. Ce n’est pas de l’idéalisme, ce sont des faits, c’est même ce que nous disent toutes les études sérieuses sur la QVT et ce que confirment les chiffres : les entreprises où l’on se sent bien sont plus performantes. Point. Anticiper au lieu de réparer Gaël évoque un point sensible : cette tendance à agir une fois qu’il est trop tard. On parle de QVT depuis les vagues de suicides chez France Télécom. On parle de télétravail sérieusement depuis la pandémie. Il regrette qu’on attende les crises pour se mettre en mouvement.


« On a toujours un train de retard. Pourquoi ne pas anticiper pour une fois ? Pourquoi ne pas prendre soin maintenant, avant que ça craque ? »


Ce propos résonne et il est vrai, prendre soin des équipes, ce n’est pas un luxe pour les jours fastes, c’est un besoin de base.


Un management de la clarté, de la cohérence… et du cœur

Quand je lui demande quelles sont, selon lui, les soft skills essentielles au management d’aujourd’hui, il en cite plusieurs : l’écoute active, l’humilité, l’empathie, la responsabilité, la bienveillance. Il ajoute avec humour : « On ne demande pas à un chef comptable d’être charismatique. Pourquoi le ferait-on avec un manager ? » Ce qu’on attend d’un manager, ce n’est pas qu’il soit parfait, mais qu’il soit , juste, humain, présent. Et pour cela, il faut lui donner des outils, l’aider à comprendre ses zones d’ombre, à réguler son stress, à mieux se connaître pour mieux accompagner.


La bienveillance : ni molle, ni naïve

C’est peut-être là que réside l’essentiel du message de Gaël Chatelain-Berry : la bienveillance ne signifie pas tout accepter, elle ne rime pas avec laisser-faire. Être bienveillant, c’est tenir un cadre, c’est oser dire les choses, c’est poser des limites, mais c’est le faire sans blesser, sans écraser. C’est être exigeant sans être violent, c’est s’autoriser à être humain dans un rôle qui, trop souvent, attend de nous que l’on soit une machine.


Un message d’espoir

Ce qui m’a marquée, au-delà de la qualité de nos échanges, c’est sa posture, pas de cynisme, pas de fatalisme, de l’espoir, au contraire. Il y croit à ce monde du travail qui change, à ces managers qui osent questionner leurs pratiques, à ces équipes qui aspirent à autre chose qu’à survivre jusqu’au week-end. Et il nous tend la main, à nous tous, professionnels, coachs, formateurs, dirigeants, RH, pour faire ensemble ce virage, celui d’un travail qui fait du bien, qui relie, qui élève.

Et si le management bienveillant n’était pas une mode, mais un retour au bon sens ? Un retour à ce qui, depuis toujours, fait tenir les équipes : la confiance, la reconnaissance, et le respect mutuel.

Gaël Chatelain-Berry nous rappelle que c’est possible... à condition d’oser commencer, ici et maintenant.


Cet article fait partie du numéro de Mars 2026 du SOFT SKILLS MAGAZINE. Il est téléchargeable gratuitement sur : https://jerome-hoarau.com/Be_Your_SUCCESS/m-Mag





 
 
 

1 commentaire

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Membre inconnu
il y a un jour
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Sans paraître has been, mieux vaut prévenir que guérir et ce qui me parle c'est l'humour, outil d'une puissance inconnue.

Merci Sandra

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