Bas les masques : ce qui nous empêche vraiment d’être vivants
- 17 avr.
- 5 min de lecture
Remettre du mouvement là où tout semble figé : rencontre avec Bruno Poignard — interview pour Soft Skills Magazine, mars 2026.
Il y a des voix qu’on écoute autrement, des voix qui apaisent, qui éveillent, qui touchent une part plus profonde de nous. Bruno Poignard parle avec cette voix-là, celle de quelqu’un qui a passé plus de trente ans à explorer l’humain dans toutes ses dimensions, à relier le corps et l’esprit, le visible et l’invisible, le concret et le sensible. Tout au long de son parcours, il est resté cet homme qui n’a cessé de se former, de se questionner, de se réinventer, tout en demeurant fidèle à ce qui l’anime depuis toujours : remettre de la vie là où tout semble figé.
Kinésithérapeute de formation, il aurait pu suivre un parcours classique, stable, balisé. Mais très tôt, il sent qu’il manque quelque chose, que la technique ne suffit pas, que le soin passe aussi par autre chose… une présence, un regard, une vibration, ce "je-ne-sais-quoi" qui se ressent plus qu’il ne s’explique. Alors, il commence à chercher, à lire, à expérimenter, à oser sortir des cadres. Il explore l’hypnose, la médecine chinoise, l’énergétique, les constellations familiales, les neurosciences… Non pour empiler des savoirs, mais pour affiner sa perception de l’humain et proposer une autre manière d’accompagner.
Ce qu’il transmet aujourd’hui, que ce soit à travers ses conférences, ses formations, ses ateliers ou ses consultations, c’est une invitation à redevenir acteur, à se remettre en mouvement, même par des gestes simples, à retrouver cette capacité fondamentale : ne plus subir, mais choisir, agir, même symboliquement, pour reprendre la main sur sa santé, son énergie, sa trajectoire.
Ce besoin d’alignement et d’autonomie traverse tout son parcours. Il parle souvent de l’importance de pouvoir se soutenir soi-même, de renforcer son organisme, de comprendre ce qui se joue en soi et surtout, de ne plus s’en remettre uniquement à l’extérieur. Ses formations courtes en médecine chinoise, pensées pour être accessibles, offrent justement cela : des clés pour comprendre son fonctionnement, relier les points, et repartir avec des outils simples, concrets, immédiatement applicables.
Mais l’une de ses approches les plus marquantes est sans doute celle des ateliers "Bas les masques", une version intime et incarnée des constellations familiales. Ici, pas de grands discours, juste des espaces où chacun peut enfin poser ce qu’il porte, laisser tomber les apparences, traverser ce qui a été longtemps enfoui, et retrouver un peu de cette authenticité qu’on avait mise de côté, souvent sans même s’en rendre compte. Dans ces ateliers, on n’observe pas les autres jouer nos rôles, on vit soi-même l’expérience, on traverse ses histoires, on remet du mouvement là où il y avait blocage. Et surtout, on se reconnecte à sa valeur, à ce qu’on a de plus vivant.
Car pour Bruno, le travail devrait être un lieu d’expression, un espace où l’on peut mettre en œuvre ce que l’on est profondément, et non une simple obligation fonctionnelle. Or, bien souvent, ce n’est pas le métier qui pose problème, mais le système dans lequel il s’inscrit : un management déconnecté, des injonctions contradictoires, des silences qui pèsent, des masques qu’on a appris à porter et qui finissent par peser plus lourd que le rôle lui-même.
Alors, dans ces espaces de transformation qu’il propose, chacun peut venir revisiter ses fidélités et loyautés invisibles, ses blocages hérités, ses peurs — celle d’échouer, mais aussi celle de briller. Il parle avec justesse de ces plafonds de verre intérieurs, de cette difficulté à se dire, à s’exposer, à reconnaître sa valeur et à l’assumer pleinement. Il accompagne aussi bien des salariés en transition que des solopreneurs, des dirigeants, des équipes. À chaque fois, ce qu’il propose n’est pas un modèle, mais une mise en lumière, une façon d’éclairer ce qui se joue, pour pouvoir enfin le transformer.
Car derrière l’image qu’on projette, il y a l’histoire qu’on porte. Derrière le rôle professionnel, il y a une construction familiale, sociale, souvent inconsciente. Et tant que cela n’est pas vu, tant que l’on confond adaptation et alignement, tant que l’on joue des partitions écrites par d’autres, l’élan reste coincé.
Ce qu’il nomme "relation humaine" ne se limite pas à être sympathique ou bienveillant. Il s’agit d’une qualité de présence, d’un espace réel de rencontre, une capacité à écouter avec tous ses sens, à se rendre disponible sans chercher à répondre trop vite, à sortir du jugement pour aller vers une compréhension plus fine, plus sensible, plus vivante. Il parle avec tendresse et lucidité de ces moments où un manager prend le temps de connaître son équipe, il connait le prénom de chaque enfant, il évoque aussi, ce dirigeant qui prends le temps de descendre de son bureau pour aller dire bonjour. C’est là, que cette personne devient un leader, quelqu’un que l’on a envie de suivre, non par obligation, mais par évidence.
« Un vrai leader, c’est celui qui fait autorité, pas parce qu’il impose, mais parce qu’il inspire. Il est là. Il montre. Il fait. Et on a envie de marcher à ses côtés. »
Bruno le dit simplement : « la relation, c’est le cœur de tout ». Et investir du temps pour la nourrir, ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Dans une société marquée par la vitesse, la rentabilité, la standardisation, il rappelle que ce qui fait la différence, ce qui restaure, ce qui mobilise, ce qui donne envie, ce sont les liens, ce sont les regards, les gestes, la chaleur humaine et que cela s’apprend, cela se cultive, cela se transmet.
Alors oui, il y a des freins, des contraintes économiques, des habitudes ancrées, des peurs collectives. Mais il y a aussi un immense potentiel de transformation et cela commence souvent par une décision simple : celle de remettre la relation humaine au centre, non pas à côté du reste, mais comme fondation de tout le reste.
À propos de Bruno
Bruno Poignard est kinésithérapeute de formation et praticien en approches holistiques depuis plus de 30 ans. Formateur en communication et art oratoire, conférencier et facilitateur, il accompagne personnes et équipes vers plus d’alignement et de vitalité. Formé à l’hypnose Ericksonienne, aux neurosciences, à la médecine chinoise, aux constellations familiales et au remote viewing, il est aussi spécialiste de l’hypersensibilité et de l’intuition. À travers ses ateliers « Bas les masques », il transmet des outils concrets pour lever les blocages et relier le corps, le cœur et la conscience au service du vivant.
A propos de l’interviewer
Sandra Bouzekouk-Morais est coach professionnel, formatrice et coauteure. Fondatrice de Sequoia Richesses Humaines, organisme de formation, et de coaching professionnel, elle accompagne les dirigeants, managers et équipes dans le développement d’un leadership aligné, humain et durable. Spécialiste des soft skills, elle crée des espaces de transformation où la relation, l’authenticité et le sens occupent une place centrale. Son approche allie profondeur, clarté et bienveillance, avec une conviction forte : c’est en cultivant la qualité des liens que l’on construit la performance durable.
Cet article fait partie du numéro de Mars 2026 du SOFT SKILLS MAGAZINE. Il est téléchargeable gratuitement sur : https://jerome-hoarau.com/Be_Your_SUCCESS/m-Mag




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