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My absolute darling de Gabriel Tallent : un premier roman à la plume aiguisée

  • il y a 1 jour
  • 3 min de lecture

Il y a des livres que l’on lit avec attention, que l’on referme, puis que l’on range sur une étagère en se disant qu’ils étaient bons, marquants, et puis il y a ceux qui s’installent autrement, comme s’ils trouvaient en nous un espace déjà préparé à les recevoir.

My Absolute Darling appartient à cette seconde catégorie. Ce n’est pas un roman qui cherche à séduire, ni à convaincre, ni même à expliquer. C’est un roman qui expose, qui laisse être, qui accompagne sans détour ce qui se joue quand l’enfance, la violence et l’instinct de survie se rencontrent dans un même corps.


Dès les premières pages, le décor s’impose lentement, non comme un simple arrière-plan mais comme une présence à part entière, massive, presque souveraine. La côte californienne y apparaît dans toute sa beauté rude, sa magnificence indifférente, cette nature qui ne juge pas, qui n’intervient pas, qui offre parfois un abri et parfois aucun secours, exactement comme la vie peut le faire lorsqu’elle se contente d’être là, sans promesse.


Au centre de ce monde, il y a Turtle, elle a quatorze ans.


Un âge où l’on devrait encore être protégé, porté, accompagné, et où elle se retrouve pourtant déjà confrontée à des réalités qui dépassent largement ce que l’on peut demander à un enfant de contenir.

Turtle vit avec son père, Martin, et cette relation ne peut être réduite à un schéma simple, ni à une lecture confortable. Elle est faite d’emprise, de violence, de manipulation psychologique, mais aussi d’attachement, de dépendance, de cette confusion intime qui naît lorsque la figure censée protéger devient celle dont il faut se méfier pour survivre. Tallent ne force jamais le trait, il décrit avec la précision d'un orfèvre, mais sans froideur… laissant au lecteur la responsabilité de ressentir, de supporter, de rester présent. J'ai eu envie de refermer ce livre après quelques pages et plusieurs fois ensuite tellement l'ambiance était insoutenable.


Turtle

Turtle n’est pas une héroïne au sens classique du terme. Elle ne triomphe pas, elle ne sauve pas le monde, elle ne se relève pas en brandissant une victoire éclatante. Elle tient.

Elle tient jour après jour, geste après geste, pensée après pensée, en mobilisant ce qu’elle a : son intelligence, son corps, sa connaissance de la nature, des armes, des stratégies de survie, mais surtout cette force archaïque, presque animale, qui pousse à continuer quand tout devrait logiquement s’effondrer.


Ce que raconte ce roman, c’est une résilience qui ne ressemble pas à une promesse de réparation rapide. C’est une résilience trouble, ambivalente, parfois inconfortable, qui se construit dans la peur, la loyauté contradictoire, le désir de fuir, mêlé à l’impossibilité de partir. La relation entre Turtle et son père devient alors le cœur battant du livre, cette zone grise où l’on aime encore celui qui détruit, où l’on dépend de ce dont on cherche à s’émanciper.


L’écriture de Gabriel Tallent épouse parfaitement cette complexité. Elle est à la fois brute et profondément poétique, capable de longues descriptions sensorielles où la nature devient le miroir exact des états intérieurs de Turtle, puis soudain sèche, presque coupante, lorsque la réalité impose sa violence sans fard. Le vent, la mer, la forêt, les animaux, les silences, tout participe à dire ce qui ne peut plus être formulé autrement.


Ce roman ne cherche pas à consoler, il ne propose pas de morale simple, il n’offre pas de pardon facile non plus. Il rappelle simplement qu’au cœur même des contextes les plus sombres, quelque chose en l’humain cherche encore à respirer, à se dégager, à trouver un passage, même étroit, même fragile, vers une forme de liberté.

My Absolute Darling laisse une trace durable, profonde, presque souterraine, comme ces expériences qui déplacent lentement notre regard sur la violence, sur la survie, sur ce que signifie réellement grandir quand le monde ne fait aucun cadeau. Il rappelle seulement, avec une justesse rare, que même lorsque tout semble confisqué, il reste encore en l’être humain une capacité fragile, essentielle, à chercher un passage — non pas pour oublier, mais pour respirer autrement.



 
 
 

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