La joie, ou ce qui tient quand tout se serre
- il y a 6 jours
- 3 min de lecture
Nous voulons tous être heureux, ou peut-être plus justement : nous voulons que quelque chose, en nous, continue de tenir, de respirer. Dans La douceur, la force de l’acier, je parlais de cette qualité souvent confondue avec une faiblesse, alors qu’elle est l’une des plus grandes puissances de résistance. La joie appartient à cette même famille. Elle aussi est discrète, silencieuse, souvent incomprise. Et pourtant, elle tient.
La vie serre.. elle serre parfois longtemps. Elle éprouve les corps, les cœurs, les pensées. Les dernières années ont laissé des marques : de la fatigue, des peurs sourdes, des deuils, une tension permanente. À force de s’adapter, de tenir bon, de faire face, nous finissons parfois par nous éloigner de nous-mêmes. La joie ne disparaît pas brutalement, elle se retire sans crier gare. Comme la douceur, elle se met en veille lorsque le monde devient trop rude.
La joie n’est ni le rire, ni l’euphorie, ni l’excitation passagère. Elle n’est pas ce masque lumineux que l’on affiche pour rassurer. Elle ressemble davantage à une paix intérieure stable, une présence calme qui persiste même quand les circonstances sont défavorables. Là où la douceur tempère nos gestes et nos paroles, la joie stabilise notre axe intérieur. Elle ne nie pas la douleur, mais elle empêche qu’elle nous définisse entièrement.
Comme la douceur, la joie ne s’impose pas, elle se cultive. Elle commence souvent par un ralentissement, un arrêt volontaire, un choix conscient de ne plus avancer contre soi. Elle naît lorsque nous nous demandons ce qui est réellement important, au-delà des attentes, des normes et des injonctions. Lorsque nos actions se réalignent avec cette direction intime, quelque chose se remet en mouvement, comme une vibration discrète, mais persistante.
Douceur et joie partagent une même exigence : l’écoute du vivant. Nous sommes des êtres de tête, de cœur et de corps. Lorsque l’un de ces pôles est négligé, l’équilibre se rompt. Prendre soin de la joie, comme prendre soin de la douceur, passe par des gestes simples et non spectaculaires : habiter son corps avec respect, nourrir son esprit de ce qui élève, protéger son cœur de ce qui l’endurcit. Là où la douceur évite la violence, la joie évite l’épuisement.
La joie, comme la douceur, suppose aussi un désengagement.. mais pas n'importe lequel : se désengager de la comparaison, de la compétition stérile, de cette course silencieuse qui épuise et vide de sens. Le contentement n’est pas un renoncement, c’est une forme de maturité. C’est pouvoir dire : je suis cela, ici et maintenant, et je n’ai pas besoin de me durcir pour exister.
"La douceur apaise le rapport à l’autre ; la joie apaise le rapport à soi".
Ni la douceur ni la joie ne protègent des épreuves, elles n’en ont jamais eu la prétention. Mais elles transforment profondément notre manière de les traverser. Elles permettent de poser des limites, de faire des choix plus justes, de renoncer à ce qui nous abîme. Là où la douceur empêche la brutalisation du lien, la joie empêche la brutalisation intérieure.
Quand tout semble lourd, revenir à la douceur et à la joie, c’est revenir à l’essentiel. À ce qui ne fait pas de bruit mais qui soutient. La joie n’est pas un luxe émotionnel. C’est une force tranquille, une force de tenue, une force de vie. Et souvent, dans un monde qui pousse à la dureté, elle est l’acte le plus courageux qui soit.
Prenez soin de vous, toujours. Sandra





Commentaires