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Je verrai toujours vos visages : un message de pardon et d’humanité

  • 11 nov.
  • 4 min de lecture

Il y a des films qui ne se regardent pas : ils se traversent et nous habitent longtemps après. Je verrai toujours vos visages, de Jeanne Herry s’installe doucement, comme une main posée sur une plaie ancienne. Il parle à cet endroit du cœur où la douleur cherche un sens, où la parole devient refuge, où le silence, parfois, dit tout.


Ce film parle un langage particulier : celui de la réparation par la rencontre, de la pudeur dans la vérité, de la vulnérabilité comme passage. Il ne cherche pas à expliquer, il nous invite à écouter et à ressentir. Et dans cet espace fragile entre deux êtres, cet espace que j’explore chaque jour dans mes accompagnements, il vient murmurer une évidence : on ne se reconstruit jamais seul.


Ce film m’a traversée et m’a ramenée à cette part d’humanité qu’on voudrait parfois oublier, celle qui blesse et celle qui souffre. Ici, pas de héros, pas de coupable caricatural, simplement des êtres humains, réunis dans une même pièce pour parler de ce qui fait mal, de ce qui ne passe pas et parfois, pour tenter de pardonner, mais aussi, de se pardonner.


Dans Je verrai toujours vos visages, les protagonistes se rencontrent dans le cadre de la justice restaurative. Au sein de ce groupe de parole, il y a ceux qui ont subi, ceux qui ont commis, et ceux qui accompagnent. Rien n’est simple. Chaque mot pèse, chaque silence aussi et dans ce huis clos fragile, les visages deviennent les véritables narrateurs du film.


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Ce titre magnifique dit tout.. parce qu’après la violence, il reste toujours un visage, celui qu’on voudrait effacer, celui qu’on ne peut plus oublier, celui qu’on n’avait peut-être jamais vraiment vu.


Ces visages-là, Jeanne Herry les filme avec une infinie pudeur. Ils tremblent, se détournent, se redressent. Ils ne mentent pas. Dans chacun d’eux, on reconnaît une part de nous : la victime qui cherche à comprendre, l’auteur qui tente d’exister autrement, et le témoin, ce médiateur, ce spectateur, ou ce nous-même, qui vacille entre les deux.


Ce chef d'œuvre cinématographique ne cherche pas à absoudre, mais à réhumaniser. Il cherche à rappeler que la violence, avant d’être un acte, est souvent un cri, celui d’une faille, d’une solitude, d’une peur ancienne. Et dans cette mise à nu, c’est toute la beauté du film qui se révèle : il ne montre pas des monstres ou des martyrs, mais des êtres humains qui apprennent, lentement, à s'apprivoiser, à se retrouver.


Le film met en lumière la justice restaurative, encore peu connue : des rencontres entre victimes et auteurs d’infractions, encadrées par des médiateurs. Ici, la justice ne punit pas, elle écoute. Elle crée un espace où chacun peut mettre des mots sur ce qui, jusqu’alors, n’existait qu’en creux : la colère, la honte, la peur, la culpabilité.


Dans ces cercles de parole, la vérité ne se dit pas d’un seul trait, elle tremble, elle se cherche, elle balbutie avant de trouver son souffle. Et c’est justement ce souffle-là qui répare, pas la confession, pas la justification mais la rencontre.


L’écoute, ici, devient un acte de courage. Écouter, vraiment, c’est accepter de recevoir ce que l’autre dépose sans vouloir le transformer en quelque chose qui nous rassure. C’est se tenir dans la tempête de sa parole sans se refermer, sans fuir, sans juger. C’est une forme d’amour, au sens le plus noble du terme : celui qui reconnaît la douleur de l’autre sans l’éclipser par la sienne.


Dans mes accompagnements, je retrouve souvent cette idée : il ne s’agit pas de réparer quelqu’un, mais de lui permettre d’exister à nouveau dans le regard de l’autre, dans un regard qui ne juge pas. C’est exactement ce que ce film montre, avec une justesse bouleversante et une émotion constante.


Conclusion

Dans un monde où l’on zappe les émotions comme des pub télé, ce film nous invite à la lenteur, à la profondeur, à la présence. Il nous dit que la réparation n’est pas une ligne droite, mais une danse hésitante entre la parole et le silence, entre la rage et la paix, entre la mémoire et le pardon. Peut-être est-ce cela, retrouver la paix : apprendre à voir encore les visages, même quand la douleur voudrait les effacer. Parce qu’au fond, nous sommes tous ces visages. Et tant que nous aurons le courage de les regarder, sans détour, sans haine, sans fard, alors peut-être que quelque chose en nous pourra, enfin, ralentir, souffler, se reposer. Prenez soin de vous toujours, Sandra


Note d’auteure : Ce film compte parmi ceux qui m’accompagnent longtemps après le générique comme une présence silencieuse.. Il me parle parce qu’il porte la même quête que la mienne : comprendre comment la parole peut libérer, réparer, comment la rencontre peut redonner forme à ce qui semblait perdu. Je crois que c’est l’un de ces films qu’on ne regarde pas seulement avec les yeux, mais avec le cœur, celui qui a connu la faille, la peur, et le désir obstiné de croire encore en la bonté des visages.


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